Actualité du marché Azote
Azote, vers une nouvelle flambée?
(18/01/2010 09:38:16)Après une campagne 2007-08 de hausse de prix continue et importante, le marché des fertilisants azotés aura été marqué en 2008-09 par une chute vertigineuse des prix entre janvier et juin. La récente remontée des marchés azotés doit elle être interprétée par un retour au scénario de 2008 aux conséquences de 2009 ?
La hausse des marchés azotés de 2008 s’est expliquée d’une part par une hausse importante des marchés énergétiques (impact sur les coûts de production) et d’autre part par une forte demande mondiale elle-même liée à la flambée des produits agricoles en 2007-08.
Si dans un premier temps la hausse des céréales tirait le marché des engrais, ce dernier s’est retrouvé mi 2008 en décalage avec les marchés agricoles qui avaient alors entamé leurs baisses.
Le contexte actuel est aujourd’hui totalement différent de celui de 2008. Tout d’abord, le marché des produits agricoles est aujourd’hui plutôt stable. Ensuite, au-delà de la baisse des prix, la campagne 2008-09 s’est aussi accompagnée d’une baisse très sensible des volumes de fertilisants au niveau mondial : N -1.7% ; P -9.4% ; K -16.8% (Source IFA). La France a suivi une tendance encore plus prononcée : N -8.1% ; P -58.9% ; K -52.5% (Livraisons de fertilisants minéraux simples – Source Unifa). Cette raréfaction de la demande a pesé fortement sur les cours mondiaux de l’ensemble des fertilisants azotés qui ont depuis juin 2009 atteint des niveaux historiquement bas et conduit certains producteurs à arrêter certains ateliers non rentables à ces niveaux de marché.
Malgré des cours de céréales relativement bas actuellement, le ratio prix azote / prix des céréales est intéressant depuis juin, ce qui a suscité un engouement particulièrement fort au cours de l’été en Europe. L’avance qui avait alors été prise s’est cependant perdue au cours d’un automne 2009 qui à de nouveau vu les marchés céréales se dégrader.
Depuis décembre, les achats de fertilisants ont repris dans les principales zones de consommation (Asie / USA). Les retards pris par ces basins de consommation ne laissent désormais plus guère de marge de manœuvre logistique pour satisfaire les besoins pour les applications qui approchent désormais à grand pas. Enfin, alors que les perspectives de marché sont haussières en Europe, chaque intervenant va désormais souhaiter couvrir les achats qui lui restent à faire au plus vite pour sécuriser ses approvisionnements.
En conclusion, la hausse récente des marchés azotés est totalement différente de celle de 2008. Elle correspond à un réajustement des marchés avec les coûts de production actuels et est permise par un regain substantiel actuel de la demande mondiale, sans envolée du ratio prix de l’azote / prix des céréales.
Les producteurs d’azote dans le monde
(10/11/2009 10:03:24)La Chine : Conclusion
Le marché mondial ne sera certainement que très peu modifié par les politiques chinoises.
En effet, les restructurations prévues par le gouvernement chinois visent essentiellement à rééquilibrer et stabiliser son marché intérieur:
-Il s’agit d’optimiser une utilisation en engrais en la diminuant dans les régions en surconsommation et en l’élevant dans les régions en déficit.
-Les subventions, aides et autres mesures sont destinées à garantir au paysan chinois un accès au marché. Elles sont, pour la plupart, des mesures provisoires.
-De par la structure de son agriculture (petites exploitations, surfaces agricoles en diminution et utilisation de variétés modernes type OGM) la Chine est obligée de maintenir voire d’augmenter sa consommation en engrais, garantissant de fait une certaine stabilité sur le marché mondial.
-La hausse de la production chinoise en urée servira essentiellement la hausse de la consommation intérieure. La Chine restera largement exportatrice mais davantage de sa production sera autoconsommée et ses importations seront en hausse constante. La Chine libère ainsi une petite place sur le marché mondial.
Les producteurs d’azote dans le monde
(10/11/2009 09:55:17)Après avoir tiré les premiers traits de caractères de l’agriculture Chinoise puis avoir mesuré le poids de l’industrie « azote » en Chine, quelle politique agricole la Chine suit elle ?
La Chine
IV. La politique chinoise en matière agricole
a. Ce qui existe déjà
Des initiatives d’optimisation de l’utilisation des engrais sont en cours en Chine. Depuis 2005, l’Etat a établit un programme d’analyses de sol et de recommandations en matière d’utilisation d’engrais. En 2008, ce sont 1861 contés et 60 millions d’Ha qui participent à ce programme soit plus des deux-tiers des contés agricoles et plus de 50% de l’ensemble des surfaces céréalières.
Les propositions issues de ce programme ont d’ors et déjà permis une baisse de 70% du taux d’application d’azote.
suite
(10/11/2009 09:53:25)b. Ce que l’on veut initier
En Chine, les engrais comptent pour 40% des fonds investis par les agriculteurs chinois et les engrais chimiques sont, en valeur, les intrants les plus importés en Chine.
L’objectif est aujourd’hui d’ajuster le niveau d’intrants fertilisants dans de nombreuses régions. Le niveau d’intrant en engrais dans les régions centrales et de l’est est au-dessus de la limite supérieure et au-dessus de 3000 kilogrammes par hectare pour certaines régions, occasionnant d’importantes pertes de ressources et une série de problèmes environnementaux. Le niveau d’engrais dans les régions occidentales est lui trop bas à hauteur d’un peu plus de quatre millions de tonnes, soit moins de 10% de l’utilisation moyenne nationale. Ce niveau ne satisfait pas les besoins de la production agricole. Des mesures efficaces d’intervention et de coordination sont à prendre pour ajuster l’allocation des ressources en engrais dans plusieurs régions.
La Chine oriente sa politique des engrais vers une libéralisation des prix, une disparition du système des préférences, des subventions directes aux agriculteurs et une amélioration de la législation. Les choix concernant la planification temporelle et les approches par politiques d’introduction devront être réalisés dans un contexte de croissance de la production agricole, de l’industrie des fertilisants, de la tendance des marchés à différentes périodes.
La Chine veut amorcer des politiques sur les céréales chinoises et le développement alimentaire. De façon progressive et sur le long terme, la Chine veut améliorer la productivité.
Ces dernières années, le gouvernement central augmente pour cela ses subventions de façon significative.
La demande en engrais peut aussi être modifiée par des réformes indirectes telles que le renforcement des contrôles de sécurité sur l’ensemble de la filière de production alimentaire, l’approfondissement de la réforme du système de circulation des céréales et la volonté d’augmenter progressivement les réserves de céréales.
Le gouvernement envisage aussi d’établir un système de garantie des prix alimentaires.
Le taux d’utilisation en engrais azotés se situe généralement entre 30 et 35%, soit un taux très éloigné des taux d’utilisation des pays développés. Cela s’explique par la structure des variétés présentes et par des pratiques culturales mal adaptées. Selon les résultats d’une étude nationale et une expérience du NAESC, centre national de l’extension et du service agro-technologique, le taux d’utilisation des engrais azotés du blé à la bonne saison est de 22,5%, celui de phosphate, de 8,3% et celui de potasse de 28,6.
Le total des intrants chimiques étaient de 51.08 millions de tonnes en 2007. L’utilisation en produits chimiques faite par la Chine compte pour un tiers de l’utilisation mondiale, plaçant le pays au premier rang mondial. L’unité moyenne d’utilisation est de 375 kg par hectare, équivalant au niveau moyen mondial. Selon les estimations, la politique du gouvernement pourrait réduire le coût des fertilisants de plus de six milliards de Yuans chaque année, tout comme elle pourrait réduire le coût de production d’environ un milliard de Yuans.
Suite
(10/11/2009 09:45:19)c. Politique commerciale de la Chine
La Chine lance une politique de taxe préférentielle sur la valeur ajoutée des fertilisants. En 2001 et 2002, la politique selon laquelle « on prélève d’abord, on paie ensuite » de la taxe sur la valeur ajoutée a été appliquée à l’urée. La république offre également des tarifs bas préférentiels et des taxes sur la valeur ajoutée réduites ou exonérées d’impôts pour les engrais importés et les matières premières. A noter que la tarification de base se situe sous les 4%.
Les tarifs pour les fertilisants exportés sont en cours de révision. Avant mars 2004, une baisse de 50 à 100% de la taxe sur la valeur ajoutée avait été réalisée sur les exportations d’urée. A partir de mars 2004, la mesure a disparu et on a appliqué à nouveau le régime standard. Depuis cette même date, les tarifs à l’export on été levés pour l’urée et le DAP. Et depuis avril 2008, le tarif exceptionnel à l’export a été levé également ; son taux est désormais de 100%.
Le gouvernement agit de façon à garantir à ses agriculteurs une offre en engrais suffisante sur le marché intérieur.
d. bilan provisoire
Le marché chinois de l’urée dépend essentiellement de la politique que le gouvernement mettra en place, que ce soit en matière de consommation des engrais, de stockage ou de tarifs à l’export. Depuis 2007, le gouvernement central agit sur ces trois fronts. Les mesures concernant les tarifs à l’export ont eu un effet non négligeable sur les exportations en provenance de Chine sécurisant de fait une offre importante sur le marché intérieur. De significatives restructurations sont à prévoir dans l’industrie de l’urée en Chine afin que celle-ci reste compétitive. Les contraintes de logistique et de conditionnement à l’export peuvent aussi être importantes.
Le pays était exportateur en 2007. L’imposition des taxes sur les exports a été un facteur important de la très forte hausse des prix en 2008. La demande intérieure d’urée a repris en Chine. Les exportations d'urée de la Chine diminueront et l’on prévoit des importations supplémentaires importantes, qui pourraient dépasser un million de tonnes.
Les producteurs d'azote dans le monde
(23/10/2009 16:27:27)Après avoir tiré les premiers traits de caractères de l’agriculture Chinoise dans notre actualité de marché du 12 octobre, détaillons le poids de la Chine sur le marché mondial de l’azote.
La Chine
II. Poids de la Chine sur le marché mondial
L’impact des exports chinois d'urée sur le marché mondial est très significatif. La raréfaction des exports chinois déséquilibre le ratio offre / demande mondiale et pousse ainsi à la hausse le marché.
Impact des exports Chinois sur les prix mondiaux d'urée. (Source: Profercy 29/01/07)
Mais la croissance de la demande en Chine demeure une forte inconnue. En effet, si la volonté affichée d’optimiser l’utilisation des engrais est suivie d’effet, alors que la possibilité d’étendre les terres cultivées est limitée, la demande en engrais pourrait stagner ou du moins croître de façon nettement moins importante que les prévisions de BCS. Une partie plus ou moins importante des 16 millions de tonnes/an de hausse de capacité de production du pays pourrait donc se retrouver réorientée vers l’exportation, ce qui pourrait fortement et durablement déséquilibrer le marché.
III. Le marché chinois d’urée
Selon l’IFA, la capacité chinoise de production d’urée augmentera de 15,5 millions de tonnes entre 2008 et 2013 atteignant les 76,5 millions de tonnes à cette date. Elle est de 66 millions de tonnes/an en 2009 (Monde = 170 Millions de tonnes) et pourrait porter sa capacité à 82 millions de tonnes/an en 2017 (Monde = 220 Millions de tonnes). 40%de cette augmentation provient de structures de petite et moyenne tailles. Quinze usines de grande taille seront nouvellement construites sur le territoire chinois.
La production d’urée en Chine devrait augmenter d’environ 4% par an en moyenne pour atteindre une production de 68,5 millions de tonnes en 2013. Les industries chinoises devraient tourner à 87-90% de leur capacité sur la période 2008-2013 contre 90-93% ces 5 dernières années.
En 2008, la demande chinoise n’a pas été influencée par les pressions à la baisse du marché. La production d’urée était alors estimée à 56,3 millions de T, soit +4% par rapport à l’année précédente. Les exportations sont actuellement de 4,7 millions de tonnes soit une -20% par rapport à 2008. Depuis quelques années la production chinoise d’urée a vu ses marges se réduire du fait d’un accès au marché mondial restreint et des prix élevés du charbon.
D’après le BSC la Chine resterait exportatrice en 2009 (4 millions de tonnes/an) et 2017 (2,2 millions de tonnes/an). Ses marchés sont les Amériques et l’Asie Sud et Sud-est.
Les producteurs d'azote dans le monde
(12/10/2009 15:06:14)Retour sur notre thème initié en juillet sur l’état des lieux des marchés azote dans le monde. Après la description de l’Europe puis de la Russie, voici quelques éléments pour mieux comprendre le marché de l’azote en Chine.
La Chine
I. Quelques « repères » sur l’Agriculture en Chine
La Chine, pays le plus peuplé du monde, va voir sa population augmenter de 1,43 milliards environ d’ici 2020. Les conditions de vie s’améliorent et les classes moyenne et supérieure commencent à se former. Les dépenses alimentaires devraient s’élever à neuf milles Yuans et le revenu brut par agriculteur devrait doubler passant de 4,5 milles Yuans (chiffre de 2008) à 9 milles Yuans d’ici 2020.
L’agriculture chinoise est très moderne. Ses rendements à l’hectare sont comparables aux rendements occidentaux mais l’utilisation d’engrais plus intensive (utilisation non optimisée, avec beaucoup de pertes et une pollution des nappes phréatiques). Les raisons de cette utilisation exagérée d’engrais sont essentiellement politiques. Ce sont la politique menée face aux entrants, le recours à des variétés modernes, l’actuel système d’extension et les bas prix des produits agricoles fixés par le gouvernement qui favorisent cette forte utilisation en engrais.
Bien que le total des intrants engrais augmente progressivement, leur introduction dans les cultures de céréales diminue. La plupart des augmentations vient de l’usage à destination des arbres fruitiers et des légumes. En général, les agriculteurs utilisent pour leurs céréales des engrais chimiques à un coût de 600 à 900 Yuans par hectare tandis que celui pour les légumes est de 1500 Yuans par hectare, occasionnant également une perte des ressources et une dégradation environnementale.
La croissance de la demande en engrais azotés sera limitée en Chine au cours des prochaines années.
L’amélioration des rendements dans les différentes filières et la mise en place de filières OGM nationales ne permettent pas de compenser la faiblesse de la surface agricole utile (123 millions d’hectares) qui diminue en raison de la progression de l’urbanisation. D’autre part, la très petite taille des exploitations agricoles (0,6 ha en moyenne contre 42 ha en France) freine leur mécanisation. En conséquence, la Chine est devenue le premier importateur mondial de soja en 2003 et de blé en 2004. En outre, les exportations de maïs ne cessent de diminuer depuis 2002.
Nous reviendrons prochainement sur le poids de la Chine sur le marché mondial de l’azote...
Marché azote : Bilan de l’été 2009
(14/09/2009 08:57:52)Les niveaux de marché du démarrage de campagne 2009-2010, sans commune mesure avec ceux de l’année précédente, ont conduit à un engouement particulièrement fort pour les commandes précoces. Quelle évolution peut-on envisager pour la suite de la campagne ?
Le marché de la solution azotée est arrivé courant juillet à un niveau qui n’avait pas été observé à Rouen depuis très longtemps et qui s’explique d’une part par un abaissement des coûts de production des industriels fournissant classiquement la France, et d’autre part par un surplus d’offre généré par les arrivées inhabituelles de solution azotée d’origine américaine. Les USA ont en effet profité de 3 facteurs essentiels pour trouver en Europe des débouchés ponctuels :
-Un marché local déprimé avec des cours au plus bas poussant les industriels à cibler des marchés plus rémunérateurs en dehors des Etats-Unis,
-Un prix du gaz (matière première des engrais azotés, cf. analyse du 29 juin 09) très bas outre atlantique offrant des coûts de productions inférieurs à ceux des producteurs européens,
-Un taux de change particulièrement favorable
Du coté de l’urée, la campagne a démarré sur les niveaux bas déjà retrouvés depuis le printemps 2009. Ce marché semble aujourd’hui avoir trouvé un certain niveau d’équilibre avec des acteurs majeurs (Inde notamment) qui ont repris leurs achats.
Dans la lignée des marchés solution et urée, la campagne ammonitrate a été lancée à des niveaux bas, tant du point de vue historique en valeur absolue qu’en valeur relative comparée au prix des céréales pourtant très bas.
Il en résulte qu’à ce jour :
-Les niveaux de couverture en solution azotée sont très forts et saturent plus tôt que d’habitude une bonne partie des capacités de stockage disponibles avant les premiers apports de sortie d’hivers,
-Les prises de position en ammonitrate ont été importantes pour bénéficier des prix attractifs du démarrage de campagne. Vous pouvez participer au «Sondage express» actuellement ouvert sur ce sujet et consulter les résultats très prochainement.
-L’urée n’a pas trouvé de place face aux 2 marchés de référence en Europe.
Quelles évolutions peut-on envisager pour la suite de la campagne ?
La saturation des capacités de stockage en solution azotée devrait rapidement positionner dans le marché des offres sur le printemps.
Le marché ammonitrate dont le prix a légèrement progressé depuis juin continue à susciter de la demande pour couvrir les ventes effectuées cet été. Ce marché devrait poursuivre cette tendance sur l’automne.
L’urée semble désormais reposer sur un prix plancher, les acheteurs étant de retour et la Chine entrant à nouveaux dans une phase de non exportation (retour d’une taxe à l’exportation le 16 septembre).
L’élément clé à surveiller au cours des prochaines semaines est plus que jamais l’intensité de la demande, qui traduira sans doute elle même l’évolution des cours agricoles.


